Le défi n'était pourtant pas simple à réaliser. Quel défi ? Celui de se rendre en Corse en avion léger durant un weekend, suivant les règles de vol aux instruments (IFR) depuis Merville (Nord) en passant par Grenoble (Isère). Ce qui est sûr, c'est que ce weekend du 26-27 septembre n'est pas prêt d'être oublié...
Vendredi, il est 19h00, lorsque je sors de ma voiture garée sur l'une des nombreuses places libres de l'aéroport de Grenoble Isère. Mon scanner à la main veillant 119.3 : la fréquence de contrôle Tour, j'attends l'arrivée de Nathanaël et Hugo en provenance de Merville. Il pleut par averses et je décide de me mettre sous un arbre à l'abri de la pluie pour contempler l'arrivée de l'avion. Quelques minutes passent, je regarde partir un bimoteur étranger lorsque j'entends depuis mon scanner : "Grenoble bonjour, Epag 162 établi localizer piste 09". Les voilà, ils ne sont maintenant qu'à quelques kilomètres, le temps pour eux de demander au contrôleur la dernière météo car cette dernière n'est pas très favorable. J'aperçois au loin le phare d'atterrissage puis l'avion, un TB20, monomoteur du constructeur Socata. 19h15 déjà et j'admire l'atterrissage.
Arrivé au parking, le camion de carburant arrive afin de ravitailler l'aéronef pour le lendemain matin, jour de notre grand départ vers la Corse. Après un passage par la sécurité, je rejoins Nathanaël et Hugo pour "visiter" et apprendre de notre moyen de locomotion. J'aurai la chance de pouvoir faire l'aller-retour Grenoble/Ajaccio devant avec Captain Nathanaël. Nous fermons l'avion et lui disons "à demain". De retour chez moi, nous vérifions encore une fois la route, la météo et déposons le plan de vol aller. Quelques minutes plus tard, celui-ci sera validé. Minuit, il est temps d'aller dormir (même si je sais déjà que ce sera dur pour moi) car demain sera une belle et longue journée...
Samedi, 06h30 et le réveil sonne, mettant fin à une nuit qui ne fût pas des plus agréables, un mélange d'excitation et d'angoisse me laisse seulement quelques minutes de rêves mais il faut se lever, pour cela je ne mis pas longtemps à m'exécuter. J'ouvre le volet, la déception se fait sentir ... il pleut et le plafond nuageux est relativement bas, d'un autre côté cela nous donne une motivation supplémentaire pour quitter ces lieux et nous réfugier sur l'île de beauté. Bref, le temps de prendre un petit déjeuner et une douche et il est déjà temps de partir, le décollage est prévu à 9h30. Nous arrivons à l'aéroport où nous attendait déjà Olivier, mon ami et binôme depuis mes années post-bac, il est notre quatrième passager. Nous rentrons dans le terminal de l'aéroport international et trouvons celui-ci vide; aucun passager, il n'y a que nous quatre et une hôtesse d'accueil. Ce vide est toutefois normal car en période d'été, il n'y a qu'un vol commercial par semaine (à destination de Tunis) tandis que l'hiver, c'est le grand rush, près de 85 mouvements les samedis d'hiver, la majorité effectués par des liaisons charter en provenance de l'Angleterre. L'hôtesse nous expliquera d'ailleurs que durant l'été le terminal est trop grand et que l'hiver ce dernier est trop petit.
Nous passons finalement la fouille et un véhicule des pompiers nous emmène gentiment à la météo puis à l'avion pour nous éviter de prendre la flotte. Un Jetstream 41 est sur le tarmac côté commercial (nous avons la chance de voir le seul avion commercial de la semaine). Arrivé à notre avion, nous nous précipitons pour mettre les valises dans le coffre à bagages, notre objectif premier : tout mettre dans l'avion, y compris nous-même et de ranger ensuite. Nathanaël entame courageusement une visite pré-vol avec un parapluie pendant que nous continuons le rangement à l'intérieur de l'avion. C'était sans compter sur la forte condensation qui se formait sur l'ensemble des vitres et sur la petite fuite du joint de la verrière qui mouille nos passagers de première classe, quelques mouchoirs font l'affaire en attendant le décollage et la sortie des nuages.
Il est environ 9h20 quand allumons la batterie de l'avion, l'afficheur de la sonde de température extérieure se trouvant sous mes yeux affiche 10°C,pour un point de rosée à... 10, l'humidité est tellement élevée qu'elle affecte l'afficheur ADF, qui rend fou l'affichage de la fréquence et il devient difficile de la lire, il nous est donc impossible de régler l'ADF, ce qui est contraignant pour notre départ car nous devons survoler une balise NDB avant notre premier virage. Ironie du sort, la position de la flèche indiquant la position de la balise par rapport à notre position doit correspondre exactement à la même indication que lorsque l'aiguille est au repos (balise non captée). Heureusement nous disposons du GPS sur lequel nous affichons la balise.
Nathanaël, notre commandant de bord me confie la gestion de la radio pour tout le vol. Quelle chance de pouvoir parler sur des fréquences où sont présents des avions de lignes, ainsi je pourrai parler aux contrôleurs entre un avion Air France et un Easyjet !
Nathanaël, notre commandant de bord me confie la gestion de la radio pour tout le vol. Quelle chance de pouvoir parler sur des fréquences où sont présents des avions de lignes, ainsi je pourrai parler aux contrôleurs entre un avion Air France et un Easyjet !
Mais pour le moment il est temps de parler au contrôleur de Grenoble sur sa fréquence... déserte:
"Grenoble, EPAG 162 bonjour, un TB20 au parking Lima, informé Charlie, demandons la mise en route IFR pour Ajaccio"
Le contrôleur nous informe que nous avons un slot à 09h36 (heure française). Un slot est un créneau de départ établi par les organismes de contrôle afin de limiter le nombre d'appareils au décollage en même temps dans une même zone (ici avec les aéronefs de Lyon). Ce créneau doit être respecté entre -5 et + 10 minutes. Concrètement, nous devons décoller entre 09h31 et 9h46 et pour le moment nous sommes à H-15 minutes et nous ne sommes pas du tout prêts. Nous acceptons tout de même le créneau, après tout nous nous dépêcherons un peu car le créneau suivant risque de ne pas être proche. Nous mettons en route le moteur, et roulons au point d'arrêt de la piste en service ce matin : la 09.
C'est ainsi que nous recevons notre clairance IFR pendant le roulage :
"EPAG 162, départ ROMAM 2F, niveau 70, transpondeur 4750"09h41 arrivée au point d'arrêt, le frein de parking est serré : début des essais moteurs et briefing départ expliqué par Nathanaël. Fin de briefing, il est 09h45 le contrôleur appelle :
"EPAG 162, êtes-vous prêts au départ ?, le créneau arrive à expiration dans une minute"
"Affirmatif, prêt au départ, EPAG162"
Nous sommes re-clairés au niveau de vol 110 (11000 pieds = 3700 mètres) et nous sommes autorisés à décoller. Je note l'heure de décollage et la consommation de carburant depuis la mise en route. Nathanaël met la puissance, le moteur vrombit et l'accélération nous plaque sur nos sièges. Tout va alors très vite:
"Puissance disponible, badin actif, V1, rotation, vario positif", je tire la commande de rentrée du train vers le haut et vérifie l'état des voyants de ce dernier, le train est bien rentré avec un bruit de vérins hydrauliques et nous entrons rapidement dans la couche nuageuse.
La montée se fait presque intégralement dans les nuages, nous ne voyons alors pas plus loin que le bout de nos ailes. C'est ce qu'on pourrait appeler un vrai vol aux instruments. Tout se passe sans problèmes et je surveille attentivement la température extérieure qui diminue au fur et à mesure de notre montée jusqu'à ce qu'elle atteigne 0°C, nous espérons à cet instant sortir le plus rapidement des nuages car nous sommes désormais en conditions givrantes et cette fois-ci ce sont les bords d'attaque des ailes que je surveille afin d'observer si de la glace se forme. Fort heureusement, il n'y en eut pas et voilà que nous sentons le soleil se rapprocher mais encore masqué par le sommet de la couche. Nous passons le niveau de vol 90 (2700 mètres) et cette fois-ci nous sortons définitivement des nuages et nos lunettes de soleil, c'est un grand ciel bleu qui s'offre à nous...
Le vol se poursuit tout à fait normalement, et la mer approche, éclairée par le soleil du matin ce qui l'a rend d'une couleur dorée qui, au loin nous laisse paraître que ce sont des nuages.
Nous approchons des côtes, pas très loin du golf de St Tropez et nous sortons les gilets de sauvetage que nous mettons à portée de main en cas de soucis. La surveillance des paramètres moteurs se fait maintenant plus régulière.
Il y a environ une heure de traversée maritime pour rejoindre l'île, nous en profitons pour préparer notre arrivée. Pour les connaisseurs, nous aurons une approche HORRO ILS02 suivi d'une Manœuvre à Vue Imposée piste 20.
Les nuages se font plus denses autour de notre destination et nous voyons seulement les plus hauts reliefs de l'île lorsque nous demandons au service de contrôle d'Ajaccio, notre début de descente. C'est ici qu'a eu lieu pour moi, l'une des plus belles parties du vol: la descente dans les nuages. Elle est pourtant différente de notre montée car lors de cette dernière il n'y avait une "seule" couche de nuage comme un seul gros un nuage uniquement formé. En descendant, ce sont plusieurs gros cumulus que nous avons traversé et à vrai dire c'est seulement à cet instant que nous nous rendons compte de notre vitesse. Surfer durant un instant et rentrer d'un coup dans un nuage à plus de 350 km/h est très impressionnant et je dirai même époustouflant.
C'est en passant 4000 pieds (1200 mètres) que nous découvrons pour la première fois les côtes Corses. Durant notre approche, nous longeons le littoral, découvrant les plages et la houle qui vient s'abattre sur elles. Il est temps pour Nathanaël et moi de nous concentrer pour l'approche finale et l'atterrissage à Ajaccio. Je collationne à la tour :
"Autorisé atterrissage piste 20, EPAG162"....
Avec du recul, notre arrivée à Ajaccio s'est produite à la manière d'un film américain, genre James Bond où chaque chose s'enchaine comme si elles sont prévues à l'avance depuis des jours alors que réellement ce n'est pas le cas.
A notre arrivée au parking aviation générale, la première sensation est la différence de temps et de température par rapport à notre départ de Grenoble, le temps est variable mais le soleil permet de faire monter la température au-dessus des 20 degrés Celsius. L'avion est maintenant amarré pour la nuit et une fourgonnette type Mercedes vient nous chercher, c'est le Handling. Nous plaçons les bagages dans le véhicule, ce dernier nous emmène désormais à l'extérieur de l'aéroport via un sas de sécurité. Nous demandons à l'employé de nous accompagner vers l'aéroclub où nous devrions retrouver la voiture que Tom (notre correspondant local :)) nous a laissée. Nous reconnaissons cette dernière à un coin de rue, nous descendons du fourgon, les clés de la voiture de Tom sont bien cachées et nous voilà, dix minutes après notre atterrissage sur les routes corses... et ça sent les vacances..
La suite prochainement






